Pensées et avancées abolitionnistes

Photo Jacques Rey
L’abolitionnisme est défini par les dictionnaires comme une doctrine tendant à l’abolition, c’est-à-dire l’abrogation ou la suppression, d’une loi ou d’un usage.
Le Cri s’oppose à ce qui met à mal les droits humains. Il lutte pour l’amélioration des conditions de vie des personnes victimes d’exclusion. Il agit pour la prévention des violences qui sont source de délinquance et d’oppressions. Le Cri travaille aussi à la modification ou, à terme, à la disparition de certaines coutumes, d'états de faits, législations et à l'évolution des institutions. Il réfléchit et agit, en priorité, sur le phénomène prostitutionnel et sur le système judiciaire et carcéral.

I - Abolitionnisme du système prostitutionnel
Ainsi, voulant un monde libéré de l’exploitation sexuelle, immense source de souffrance, Le Cri lutte pour l'application de la législation «abolitionniste» du système prostitutionnel.
En effet, dans le monde, ce système relève de différents modèles de lois : prohibitionniste, réglementariste, abolitionniste ou néo-abolitionniste.
La législation française est abolitionniste, selon l’Ordonnance du 25 novembre 1960 relative à la lutte contre le proxénétisme, appliquant la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui (ONU, Droits de l’Homme), avec la création de SPRS, Services de prévention et de réadaptation sociale.
Par ces lois, la prostitution en France n’est pas interdite, seulement son organisation :
- les personnes prostituées ne devraient pas être poursuivies mais considérées comme des victimes légales, protégées et réinsérées; ce qui est peu appliqué!
- les réseaux de proxénétisme subissent des atteintes ponctuelles;
- on ne parle pas du client.
Par la loi pour la Sécurité intérieure de mars 2003 (art.18 et 50), le racolage passif des personnes prostituées est passible de poursuites ainsi que le racolage actif de la personne prostituée et du client. En pratique, il n’y a pas de poursuite des clients. Mais, par la pénalisation des personnes prostituées, ces lois contredisent la législation abolitionniste antérieure, toujours en vigueur!


II - Par rapport au système judiciaire et carcéral
Le Cri pense qu’une société doit préférer un système humain de justice et de sanctions pénales. Il s’élève contre la politique du «tout carcéral» et l’incarcération des mineurs dans des EPM, établissements pénitentiaires pour mineurs.
Le système pénitentiaire est donc un axe des préoccupations du Mouvement. Le Cri a constaté que la prison n’est pas une sanction dissuasive. Il préconise le recours aux sanctions alternatives à la privation de liberté.
Dans cette attente, il lutte pour le respect de la dignité et des droits des personnes détenues alors que le nombre des incarcérations et la nature des prisons s’aggravent, et que de nouvelles prisons se construisent.
Le fonctionnement de la justice présente des carences dues par exemple à un manque de moyens. Ces manquements allongent la détention préventive, aggravent les conditions de vie des personnes détenues et contribuent à détruire des personnes.
 
Autres législations du système prostitutionnel
Législation prohibitionniste. Exemple : les Etats-Unis d’Amérique. La loi interdit la prostitution. Sont pénalisables : les personnes prostituées, les proxénètes et les clients. Son application n’est pas probante.
Législation réglementariste. Exemple : Pays-Bas, Allemagne, des provinces espagnoles. La loi organise le système prostitutionnel. Les proxénètes sont des entrepreneurs, les personnes prostituées sont théoriquement des personnes comme les autres bénéficiant de droits sociaux. La réalité nous paraît autre : ce système favorise la prospérité des proxénètes, le développement de leur pouvoir et la bonne conscience des clients. Les personnes prostituées demeurent discriminées, notamment les nombreuses étrangères.
Législation néo-abolitionniste. Exemple : la Suède qui pénalise le client. L’effet semble être le recul du système prostitutionnel dans ce pays.
 
Réalisme et utopie
Certains pensent parfois que l’abolition du système prostitutionnel -institution mafieuse ou officialisée par le réglementarisme- n’est pas une idée réaliste. Pourtant d’autres utopies se sont imposées dans l’Histoire : l’esclavage a été aboli, même s’il persiste dans certaines régions du monde.
La peine de mort a été abolie dans bien des pays et en France, en 1981.
Dans les prisons, les QHS, quartiers de haute sécurité, ont disparu.
Il est permis d’espérer et d’écrire que «l’abolition du système prostitutionnel est possible».